descente d'organes chez la femme utérus

Tout savoir sur le prolapsus féminin

Le Dr Marine Lallemant, chef de clinique en gynécologie obstétrique au CHU de Besançon, rencontre quotidiennement des patientes souffrant de prolapsus. Elle nous explique en détails cette pathologie plus répandue qu’on ne le pense.

Qu’est ce que le prolapsus génital ?

Un prolapsus, pathologie couramment appelée descente d’organe, est la conséquence d’une mobilité excessive d’un ou de plusieurs organes du petit bassin. Un certain degré de mobilité des organes pelviens est essentiel chez la femme pour assurer les fonctions urinaires, rectales, digestives et de reproduction. Une limitation ou un excès de mobilité de ces organes peuvent être invalidants.

Lorsqu’une femme est atteinte d’un prolapsus génital, cela se caractérise pas le glissement vers le bas, dans le vagin, d’un ou plusieurs organes du pelvis (vessie, utérus, rectum). De plus, celui-ci peut s’extérioriser au-delà de la vulve. Selon les cas, il peut être transitoire ou permanent.

Les différents types de prolapsus chez la femme

Selon l’organe pelvien concerné par le prolapsus, on parle de :

  • cystocèle pour la vessie
  • hystérocèle ou hystéroptose pour l’utérus
  • rectocèle pour le rectum
descente d'organes chez la femme

Comment survient une descente d’organe ?

Les organes pelviens sont fixés par un triple système :

  • les muscles du plancher pelvien : il s’agit d’un système de soutien qui a la forme d’un hamac qui va du pubis au coccyx et sur lequel repose les organes du pelvis (vessie, utérus, rectum).
  • les ligaments : ils jouent le rôle d’un système de suspension et d’ancrage des organes du pelvis sur les os du pelvis
  • les fascias : ils jouent un rôle de cohésion des organes entre eux

C’est pourquoi l’intégrité de ce système est essentiel pour assurer un équilibre correct. Il doit être à la fois souple pour s’adapter à la grossesse et à l’accouchement et solide pour résister aux hyperpressions abdominales. 

Quand les muscles du plancher pelvien ou les ligaments se relâchent, les organes descendent et vont appuyer sur la paroi vaginale pour la déformer puis s’extérioriser.

Quelles sont les causes d’un prolapsus ?

Il est difficile d’évaluer la fréquence de cette pathologie. Selon les études, elle varie entre 4 et 97% selon qu’on utilise un questionnaire ou qu’on effectue un examen clinique. Des plus, une femme peut développer un prolapsus, qu’importe son âge.

Cependant, la fréquence augmente avec l’âge, notamment après 50 ans. Le risque de chirurgie pour un prolapsus après 70 ans est de 11%. Les facteurs favorisants sont multiples et modifiables pour certains :

  • Les grossesses et surtout les grossesses répétées
  • Les accouchements par voie naturelle répétés et/ou difficiles
    • accouchement avec un long travail
    • accouchement difficile avec une déchirure sévère du périnée
    • l’épisiotomie médiane
    • le poids élevé du nouveau-né
  • La ménopause qui induit un relâchement des muscles et des ligaments
  • Le fait d’avoir subit une opération d’un organe pelvien
  • L’hyperpression abdominale répétée : surpoids, profession avec port de charges lourdes, activités sportives intensives, constipation, la toux chronique et la sédentarité
  • Les maladies affectant le collagène, par exemple le syndrome d’Ehlers Danlos
  • les atteintes neurologiques du plancher pelvien (spina bifida, syndrome du queue de cheval…)

Les symptômes du prolapsus féminin

Les symptômes les plus fréquents sont la sensation d’une boule vaginale et la sensation de pesanteur. Il peut y avoir des symptômes urinaires tels qu’une incontinence urinaire (fuites d’urines), des urgenturie (besoins urgents d’uriner), une pollakiurie (mictions fréquentes), des troubles de la vidange vésicale (difficulté à uriner) …

Des troubles ano-rectaux tels que la constipation, des difficultés à évacuer le contenu du rectum ou une incontinence anale (fuite de gaz ou de selles) peuvent être présents. Certaines patientes rapportent faire des manœuvres digitales (pour repousser la descente d’organe dans le vagin) pour uriner ou déféquer.

Des troubles aux rapports sexuels peuvent être présents : saignements, douleurs, fuites d’urine, gaz vaginaux lors des rapport, perte de sensation…

L’ensemble de ces symptômes altèrent la qualité de vie des femmes et impactent leur vie quotidienne : activité physique ou sexuelle, handicap fonctionnel, psychologique ou social.

femme qui fait du sport et qui mange équilibré pour éviter la descente d'organes

Comment éviter la descente d’organe ?

Pour éviter une descente d’organe, il faut adopter une bonne hygiène de vie, à tout âge :

  • éviter le surpoids en ayant une alimentation équilibrée
  • adapter les activités physiques et sportives
  • éviter de porter des charges lourdes à répétition
  • prévenir et traiter la constipation
  • traiter la toux chronique et éviter de fumer

Pendant la grossesse et surtout à l’accouchement, le périnée est fragilisé. Dans les semaines qui suivent l’accouchement, il faut éviter de porter des charges lourdes.

Le rendez-vous de suivi postnatal (6-8 semaines après l’accouchement) permet d’évaluer la présence d’une incontinence ou d’un prolapsus. Le professionnel de santé proposera alors une rééducation périnéale et abdominale du post-partum pour guérir ou prévenir les troubles pelviens.

J’ai une descente d’organe, que faire ?

Une fois que la descente d’organes est diagnostiquée, que faire pour ne pas passer par la case chirurgie ? Les traitements conservateurs permettent souvent de soulager la patiente sans avoir besoin de la chirurgie.

Premièrement, ils consistent d’abord à respecter les mesures hygiéno-diététiques. Ainsi qu’une perte de poids, une alimentation équilibrée et une activité physique adaptée (gymnastique douce, natation) sont plutôt de bonnes solutions. Evitez de porter des charges lourdes et traitez votre constipation d’abords.

Votre médecin pourra vous proposer l’utilisation continue d’un pessaire. Peut importe votre âge et le stade de la sévérité de la descente d’organe. Il s’agit d’un dispositif en silicone ou en latex qu’on introduit dans le vagin. Il va remonter et permettre de maintenir les organes en place. C’est une solution pour soulager les symptômes du prolapsus mais le pessaire ne vas pas en traiter la cause.

On peut également associé à ça un traitement hormonal local (oestrogénothérapie locale) pour améliorer la tolérance en cas d’atrophie vaginale.

Prolapsus et rééducation périnéale

Une rééducation pelvi-périnéale est également proposée. Les objectifs sont de prévenir ou de ralentir l’aggravation du prolapsus. Il faut identifier les paramètres responsables ou aggravant le prolapsus. De plus, cela va permettre de prévenir les risques d’incontinence secondaire.

Deuxièmement ? Cela peut être utile en cas de projet de chirurgie du prolapsus dans l’éventualité d’une récidive. Cette rééducation multifactorielle et globale, concerne : la compétence du plancher pelvien, la compétence de l’abdomen, la gestion des efforts, le diaphragme thoracique et la statique lombo-pelvienne.

Cette rééducation comprend aussi de l’auto-rééducation à domicile par conséquent réalisable avec une sonde connectée de biofeedback comme Emy.

La chirurgie du prolapsus génital 

Si les traitements conservateurs ne sont pas efficaces ou en complément de ceux-ci, que la descente d’organes est à un stade avancé et à l’origine de symptômes handicapants, un traitement chirurgical peut être proposé en association à une prise en charge des facteurs de risque modifiable. Cette proposition de chirurgie pourra être discutée en réunion de concertation pluridisciplinaire de pelvi-périnéologie notamment en cas de prolapsus complexe. Le choix de la technique chirurgicale dépend des symptômes, du type de prolapsus génital, des comorbidités et des attentes de la patiente.

Marine gynécologue

Un dernier conseil pour les femmes qui se renseignent sur le prolapsus ?

Osez en parler à votre médecin et surtout n’attendez pas ! Un traitement précoce permet d’éviter la descente d’organes, d’améliorer la qualité de vie et de reprendre confiance en soi.

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